Dominique Gondisalvi


Dominique Gondisalvi
Dominique Gondisalvi
    De l’œuvre personnelle de Dominique Gondisalvi, cet archidiacre de Ségovie qui traduisit Avicenne et Avicébron, nous devons retenir surtout le témoignage de l’influence qu’eurent dès cette époque les philosophes arabes : son œuvre n’en est qu’une compilation. Son De divisione scientiae, écrit en 1150, fait connaître la classification des sciences d’Avicenne et celle de Gazali, toutes deux fondées sur les notions péripatéticiennes d’être immobile et immatériel (théologie) et d’être mobile (physique), objets l’un et l’autre de la science théorique ; deux des anciens arts du trivium, la grammaire, accompagnée de la poétique, et la rhétorique avec la science des lois, l’économie et l’éthique sont placés dans la science pratique ; quant à la logique, il la considère comme un « instrument » plutôt que comme une partie de la philosophie, et il en voit la partie principale non dans les Topiques, mais dans la théorie de la démonstration des Analytiques postérieurs. La conception de la physique, qui étudie les corps à la fois par l’expérience et par le raisonnement, est tout entière empruntée à Al Farâbi. Avec celui-ci encore, il distingue fort nettement la métaphysique, qui est la science générale de l’être et de ses propriétés, de la théologie, distinction qui n’aurait que peu de sens pour un augustinien comme saint Anselme, selon qui Dieu est le seul être vrai (esse verum).
    Son De immortalitate animae naît d’un effort pour appliquer les règles aristotéliciennes de la démonstration à la question de l’immortalité de l’âme ; la démonstration doit partir de l’essence ou des caractères propres du sujet étudié : une preuve de l’immortalité, fondée sur des vérités théologiques communes comme la justice de Dieu, n’est pas démonstrative ; une telle preuve ne peut s’appuyer que sur la connaissance de l’essence de l’âme. Or c’est à Aristote exclusivement qu’il emprunte cette connaissance ; il est étonnant de voir avec quel dédain il repousse la fameuse preuve platonicienne du Phèdre : « Nous laissons de côté, dit-il, les preuves de Platon, parce qu’elles ne font pas croire à l’immortalité de nos âmes, étant communes à toutes les espèces d’âme, si bien qu’elles s’étendent à l’âme brute et végétative, dont il est manifeste que l’existence après le corps et en dehors du corps est entièrement inutile. » Aussi Gondisalvi, s’appuyant sur le péripatétisme arabe, ne démontre rien que l’immortalité de l’intellect, dont l’opération est indépendante du corps et qui n’est pas susceptible de génération et de corruption, n’étant pas composé de forme et de matière. Remarquons pourtant que, un peu antérieur à Averroès, il suit fidèlement l’Aristote d’Avicenne ; il voit, dans le rapt et l’extase sans images, la preuve d’une vie séparée de l’intellect ; il démontre encore son immortalité par la proximité où il est de la première cause. Il est clair qu’une pareille considération tend tout droit à l’immortalité impersonnelle ; l’âme, mortelle par sa partie inférieure et jointe au corps, est immortelle par sa partie principale et la plus noble.

Philosophie du Moyen Age. . 1949.

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